La Presse Nouvelles générales Dimanche 18 février 1996 A3 Les secondes épouses en ont assez Clément, Éric L'Association des secondes épouses et conjointes du Québec (ASECQ) vient de lancer une pétition pan canadienne pour sensibiliser le législateur aux cas des couples remariés ou vivant maritalement, coincés dans des dédales juridiques et financiers à cause de leur situation conjugale. La pétition s'adresse notamment aux femmes remariées, vivant avec un conjoint divorcé ou séparé de son ex-femme et qui estiment être ou avoir été victimes de discrimination de la part des institutions fédérales et provinciales. Lise Ferland, de Richelieu, est de celles-ci. Âgée de 57 ans, elle a raconté à La Presse, hier, l'enfer qu'elle dit subir avec son mari depuis 20 ans, «à cause» de l'ex-femme de ce dernier. «Elle nous a complètement lavés, dit-elle. Elle est partie avec ses enfants. Elle avait renoncé à la pension alimentaire lors du divorce car elle avait un protégé mais plus tard, quand il l'a quittée, elle a commencé à nous harceler et n'a pas cessé.» Mme Ferland dit que l'ex-femme de son mari est allée jusqu'à contacter ses employeurs pour lui nuire : «J'ai dû payer des avocats pour ses poursuites incessantes. Comme elle reçoit de l'aide sociale, elle bénéficie de l'aide juridique. Alors, elle poursuit. On engage des frais et avant le procès, elle nous appelle pour dire qu'elle retire sa plainte. Mon mari a fait faillite à cause d'elle. Elle a détruit sa santé. On a même dû déménager à trois reprises car on était pris à la gorge.» Lise Ferland n'est pas accablée mais maintenant qu'elle est retraitée, elle est prête à aider l'ASECQ. «Au moins, si on n'en retire rien, ce sera pour que ça change à l'avenir», dit-elle. Le dossier de la responsabilité des parents et des grands-parents à l'égard de leurs enfants ou petits-enfants est très actuel. C'est pourquoi la pétition de l'ASECQ essaie de ratisser large et de susciter l'intérêt d'un grand nombre de Canadiens, soit ceux qui estiment être lésés par les lois ou les jugements de tribunaux à cause de leur union matrimoniale. «Les personnes divorcées, veuves, célibataires, chefs de famille monoparentale ont- elles la possibilité de pouvoir refaire une vie commune sans pour autant être responsables des obligations antérieures du nouveau conjoint?, lit-on dans la pétition. La présidente de l'ASECQ, Gisèle Godin, de Saint michel des saints, a déposé une requête en recours collectif le 22 janvier pour forcer Québec et Ottawa «à prendre en compte la réalité des nouvelles familles et à statuer sur les responsabilités des uns et des autres». Cette requête sera entendue au palais de justice de Montréal le 29 février.