La Presse 
Nouvelles générales Lundi 20 novembre 1995 A16 
 
Québec n'y va pas de main morte avec les conjoints de fait 
Clément, Éric 
 
Les familles formées de deux personnes divorcées sont-elles brimées par la loi lorsque 
l'épouse doit par exemple subvenir aux besoins des enfants ou de l'ex-femme de son 
mari? 
 
L'Association des secondes épouses et conjointes du Québec en est persuadée. Mme 
Gisèle Godin, directrice de l'association, a connu personnellement ce genre 
d'expérience. Elle a divorcé en 1986 puis s'est remariée en 1987. L'an dernier, elle 
s'est retrouvée dans la situation où un Centre de protection de l'enfance et de la 
jeunesse lui a demandé d'additionner ses revenus et ceux de ses enfants à ceux de 
son mari, a fin de payer une «contribution parentale» à son beau-frère, en plus de 
contribuer à la pension alimentaire de l'ex-femme de son mari. 
 
«J'ai demandé au travailleur social ce qui arriverait si mon mari et moi décédions, 
raconte-t-elle. Il m'a répondu 'votre fille est majeure et c'est comme une dette à l'État 
qu'elle doit payer'. Je venais de découvrir à quel point j'ai été bernée par le ministre 
de la Justice. Par ce que dans le mariage, les époux ont les mêmes droits et 
obligations, je me dois de payer pour les enfants d'une autre femme.» 
 
Mme Godin a épluché les lois et tout ce qui concerne la fiscalité. Elle assure qu'une 
femme divorcée qui se remarie perd des avantages : «Si elle se remarie avec un 
homme qui paie une pension alimentaire et que ce dernier n'est plus en mesure de le 
faire à un moment donné, c'est elle, la seconde épouse, voire ses enfants, qui devront 
payer la pension.» 
 
Louise Moquin, de Saint-Luc, vit avec un homme divorcé sans l'avoir épousé mais ses 
revenus sont comptabilisés pour établir la pension alimentaire de l'ex-femme de son 
conjoint. Mme Carole Héroux, de Laval, n'a même pas eu le droit d'assister aux 
audiences du tribunal lorsque son mari a comparu pour la pension alimentaire de son 
ex-femme. 
 
«Plus je gagne de l'argent et plus la pension alimentaire est importante, dit Mme 
Héroux. Ce n'est pas très avantageux pour moi. J'étais d'accord, il y a 13 ans, d'aider 
financièrement les enfants de mon mari et son ex-femme. Mais ses enfants sont 
majeurs et ont quitté leur mère et on paie encore la pension.» 
 
Selon Mme Godin, une femme, pour avoir des droits et être reconnue, doit «se marier 
dans les plus brefs délais et, si elle divorce par la suite, ne pas se remarier», sinon 
elle risque de pénaliser ses propres enfants. «On veut défendre les familles 
reconstituées pour qu'il y ait une équité fiscale, dit-elle. Pour l'instant, la famille est 
victime de discrimination au Canada et les secondes familles, encore plus. On voit des 
cas où des gens divorcent pour déduire de leurs impôts les montants versés à leurs 
enfants.» 
 
L'Association des secondes épouses et conjointes croit que la société a évolué et que 
le législateur devra clarifier la situation.