Le Soleil 
Le Québec et le Canada Mercredi 5 mai 1999 A8 
 
Les deuxièmes épouses crient à l'abus de droit 
Forcées de payer une pension alimentaire à l'ex de leur conjoint 
Caouette, Marie 
 
Après trois ans d'existence, l'association qui regroupe les épouses et conjointes 
d'hommes divorcés réussit à ébrécher le mur d'ignorance qui cache la discrimination et 
l'abus de droit dont elles disent faire l'objet en cour, dans les causes de pensions 
alimentaires. 
 
Au moment où les médias nationaux découvrent que les tribunaux imposent souvent 
aux deuxièmes épouses de faire vivre «l'ex» de leur conjoint, la ministre de la Justice 
et de la Condition féminine commence elle aussi à s'intéresser aux revendications de 
l'Association des secondes épouses et conjointes du Québec (ASÉCQ). 
 
Les dirigeantes de l'association, dont la présidente est Carole Ducharme de Ville de 
Laval, ont en effet été conviées à exposer leur dossier aux attachées politiques de la 
ministre Linda Goupil qui pourrait les rencontrer plus tard en mai, dans un cadre plus 
formel. Cette rencontre avec Mme Goupil a été sollicitée, il y a trois mois. Même si le 
divorce est de juridiction fédérale, on estime que la ministre introduire plus de justice 
dans la loi, comme le Québec l'a déjà fait pour la perception automatique des 
pensions alimentaires. 
 
Selon Lise Bilodeau, directrice dans la région de Québec, les femmes mariées ou 
vivant en union de fait avec un homme divorcé sont victimes de discrimination dans la 
fixation des pensions alimentaires, aujourd'hui rebaptisées allocations périodiques. 
 
Les quelque 400 membres de l'association ne comprennent pas que ce soient elles, 
plutôt que les frères, les soeurs ou les enfants devenus adultes de l'ex-épouse, qui 
soient systématiquement visées pour aider la première épouse à maintenir un niveau 
de vie comparable à celui de la période de son mariage. 
 
«Ce ne sont pas des cas exceptionnels, c'est devenu la règle, dit-elle. Le tribunal 
demande à examiner les revenus et les avoirs de la seconde épouse ou de la nouvelle 
conjointe pour déterminer la contribution de l'époux à la subsistance de son ex», 
disait-elle hier en entrevue. Dans un récent jugement de pension alimentaire qu'un 
retraité de 70 ans voulait interrompre, «le juge le dit carrément. Il demande le bilan 
des actifs de la deuxième épouse», rapporte Mme Bilodeau. 
 
Ces ponctions dans les revenus et les avoirs du second ménage créent une pression 
financière importante qui mine les chances de réussite du second couple et l'empêche 
de se constituer un fonds de retraite, affirment les dirigeantes de l'association. Là-
dessus, Statistique Canada leur donne raison dans un document sur les changements 
démographiques au Québec: sept remariages sur dix sont un échec principalement à 
cause de la lourdeur des responsabilités financières reliés au mariage précédent. 
 
L'association estime que les devoirs d'un père envers ses enfants ne s'éteignent 
jamais mais que ceux envers l'ex-épouse devraient cesser au bout d'un délai 
raisonnable de quelques années. Sinon, à quoi riment le divorce et le partage du 
patrimoine entre les ex-conjoints à la fin d'une union si le contrat de mariage n'a 
jamais de fin? Légalement, soulève encore l'association, comment la nouvelle épouse 
peut-elle être liée par une dette contractée antérieurement au lien qu'elle a formé 
avec son conjoint? 
 
Signalons, enfin, que la position de l'association des secondes épouses et conjointes 
d'hommes divorcés est carrément à l'opposé de celle de la Cour suprême qui, le mois 
dernier, dans l'arrêt Bracklow, a statué qu'une ex-épouse, devenue malade et inapte 
au travail, peut toujours compter sur le soutien de son ex pour maintenir le mode de 
vie auquel ce mariage l'avait habitué.